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ANGOULÊME EN 1764

Le projet explore les vies et les réseaux sociaux d'individus dans la ville d'Angoulême au dix-huitième siècle.

 

  • INTRODUCTION

    Le projet Angoulême utilise les registres paroissiaux, ainsi que les archives notariales, judiciaires et fiscales, dans une recherche historique sur les différentes connexions entre individus et familles. Il englobe les individus présents dans les sources historiques par le seul biais, éphémère, des actes de naissance, mariage et décès enregistrés dans les petites paroisses de la ville. Angoulême était, d'après la description qui en fut faite par Honoré de Balzac, un lieu de « la plus funeste immobilité ». Cesser d'être provincial était, dans Les illusions perdues, « se désangoulêmer ». Les scènes de la vie provinciale montrées sur ce site internet font apparaître un univers différent et moins étroit, dans une société en mouvement ;  des individus et leurs relations sociales.

    Le projet explore de deux manières les informations relatives aux individus présents à Angoulême. D'abord, il offre une vue d'ensemble de tous les individus mentionnés dans les registres des paroisses centrales de la ville une année donnée, 1764. Cette vue d'ensemble, accessible sous l'en-tête « 1764 », rend possible l'examen sous un angle neuf de certaines questions depuis longtemps posées par l'histoire sociale et la démographie historique. En particulier, il cherche à situer les individus dans leurs réseaux sociaux propres aussi bien qu'au sein des catégories de la démographie. Ensuite, le projet présente un certain nombre de micro-histoires d'individus et de groupes de la ville, et des occasions d'échange d'information qui constituaient leur vie sociale. Les micro-histoires sont regroupées sous l'en-tête « Scènes ».  Le site cherche à connecter ces histoires ou scènes aux renseignements de grande échelle disponibles sur Angoulême en 1764, une connexion exprimée avec force par le graphe final du site, intitulé « Micro-histoires dans leur contexte ». C'est un essai de connexion du micro et du macro, par l'exploration des relations  entre les individus et la société en évolution qu'ils formaient.

    Voir aussi notre projet sur "A Marriage Contract in Angouleme" »


    Honoré de Balzac, Les illusions perdues (Paris, 1974), 56, 176.


  • REGISTRES PAROISSIAUX ET AUTRES SOURCES

    Les sources les plus importantes du projet sont la série GG de registres des quatorze paroisses catholiques d'Angoulême, sur la période 1571-1792, ainsi que les registres d'état civil à partir de 1793. Ces registres sont disponibles aux Archives Municipales d'Angoulême (AM-A), 33 Avenue Jules Ferry, 16000 Angoulême. Presque tous les registres sont disponibles en ligne. Dans quelques rares cas, nous avons aussi consulté les copies des registres, disponibles dans la série 3E des Archives Départementales of the Charente (AD-C), 24, Avenue Gambetta, 16000 Angoulême. Certains des registres d'Angoulême, ainsi que des registres pour d'autres villes et villages du département, y sont disponibles.

    Le projet met aussi à profit les très riches archives notariales d'Angoulême – les archives de quatre-vingt-un notaires différents ont été conservées pour la ville sur l'ensemble du dix-huitième siècle. Ces archives notariales sont disponibles dans la série 2E aux AD-C. Les archives judiciaires pour la période terminant en 1792 sont dans la série B1 des AD-C, et les archives pour la période révolutionnaire dans la série L. Des rôles d'imposition détaillés pour 1763 et 1765 sont disponibles aux AM-A,  CC42 et CC62.

    Les registres paroissiaux ont constitué des incitations à compter ; selon l'expression de Pierre Goubert, à "nous mettre à compter furieusement, interminablement". Ils forment la base de la démographie historique, et de son extraordinaire plongée dans la vie d'une entité collective, la « population » ou, le « peuple » (le demos), et de son évolution au cours du temps. Ils sont remplis de noms, exploités dans la reconstitution des familles puis disparaissant dans l'anonymat de l'histoire des structures sociales. Mais les registres paroissiaux sont aussi remplis de récits. Ils sont « structurellement quantitatifs », et en même temps structurellement narratifs. L'objectif du projet Angoulême est de raconter certains de ces récits, parmi les multiples micro-histoires de l'Angoulême du dix-huitième siècle.

    Sur les richesses et difficultés des registres paroissiaux, voir Pierre Goubert, "Une richesse historique en cours d'exploitation: Les registres paroissiaux," Annales. Histoire, Sciences Sociales 9, no. 1 (Jan. - Mar., 1954): 83-93. Sur les relations de parenté et l'histoire quantitative, voir Peter Laslett, "La parenté en chiffres," Annales. Histoire, Sciences Sociales 43, no. 1 (Jan. - Fev., 1988): 5-24 et François Furet, "Quantitative History," Daedalus 100, no. 1 (Winter, 1971): 151-167.  Sur le nom comme fil d'Ariane dans les archives, et les possibilités de la prosopographie vue d'en bas, voir Carlo Ginzburg et Carlo Poni, "Il nome e il come: scambio ineguale e mercato storiografico," Quaderni Storici 40 (Jan.-Apr. 1979): 181-190.

    Des études historiques sur Angoulême se trouvent dans les publications de la Société Archéologique et Historique de la Charente, en particulier dans les Bulletins et mémoires de la société archéologique et historique de la Charente (BSAHC), publiés depuis 1845, et dont de nombreux numéros sont disponibles sur Gallica. Histoire d'Angoulême et de ses alentours, ed. Pierre Dubourg-Noves (Toulouse, 1989) fournit une bibliographie. Laurent Raynaud, La population d'Angoulême au XVIIIe siècle (1700-1791): Essai démographique (Université de Poitiers, maitrise d'histoire moderne, 1992) fournit une large vue d'ensemble et une analyse des registres paroissiaux du dix-huitième siècle à Angoulême.

     


  • RÉSEAUX SOCIAUX EN HISTOIRE ET ECONOMIE

    The social networks which are so omnipresent in modern times have inspired multiple historical inquiries and visualizations, especially of family networks, correspondence, and the diffusion of ideas. The Angoulême project explores the networks of individuals and families who entered only occasionally into the historical record. It uses the parish registers which are the only almost universal source of information about events in the lives of the Catholic population of Angoulême to identify connections between individuals, and occasions for exchange. Baptisms, marriages, and funerals were all opportunities for exchange between individuals and "those close to them, relatives and friends" (in the expression of the parish clerk of St André; AM-A, GG45/128.) The registers sometimes tell stories. They can be the basis for histories of change over time; of the changing occupations of individuals and families, for example. They are also complementary to other historical sources of information about social and economic connections, including tax registers, notarial records, and the records of criminal jurisdictions.

    The Angoulême project is inspired by historical inquiries and by economic theories of information and social networks. It draws, in particular, on the microeconomics of development, with its objective of "understanding the economic lives of the poor," and its openness to "many… kinds of evidence," qualitative and quantitative.

    There is a long history of the history of social networks. Prosopography – identified as the investigation of the “characteristics of a group of actors in history by means of a collective study of their lives,” together with their connections of “kinship, friendship, economic interest” – started, in its 20th-century form, with the scholarship of the German-Swiss ancient historians. It “flourished… in the 1920s and 1930s,” and had settled by 1971, in Lawrence Stone’s survey, into the “routine of responsible early middle age.” The historical demographers of the 1970s combined prosopography and a “social network analysis” inspired by anthropological studies of northern Europe and central Africa. Social networks entered much of historical scholarship by the 1980s. The “social network analysis” of economic sociologists – with its emphasis on social interactions, “systematic empirical data,” “graphic imagery,” and “the use of mathematical and/or computational models” – was ubiquitous in historical sociology by the 1990s.

    The metaphor of the social network exploded, in history as elsewhere, in the 2000s. “The word “network” is everywhere today, including in history,” Claire Lemercier wrote in 2005.

    This corresponded, in Lemercier’s account, to a desire to go beyond the “determinism of structures,” and the “simplistic model of rational choice,” and an interest in social connections, organization, and the “meso-“ scale, between the micro- and the macro-. By 2011, the use of formal “network analysis” was widespread among historians in Europe, albeit with relatively little exchange (and citation) across research in different languages and on different periods. The Visualizing Historical Networks website, first published in 2013, sought to encourage exchanges, across specializations and disciplines. The Angouleme project was illuminated, in particular, by Lemercier’s and Paul-Andre Rosental’s early accounts of the “meso,” of the possibilities of network analysis in relation to family history, and of the ideal of exhaustiveness.

    There is information about recent research on historical social networks available through the Journal of Historical Network Research and the Centre de Sociologie des Organisations at Sciences Po.

     

    Lawrence Stone, “Prosopography,” Daedalus, Vol. 100, No. 1 (Winter, 1971), 46-79

    Peter Laslett, Karla Oosterveen and ‎Richard Michael Smith, Bastardy and its comparative history: studies in the history of illegitimacy and marital nonconformism (Cambridge, MA, 1980)

    Elise Penalva-Icher and Fabien Eloire, “Networking in France. Is there a French School of Social Network Analysis?” The American Sociologist, Vol.48, No. 3 (2017), 382-401

    Claire Lemercier, “Analyse de reseaux et histoire,” Revue d’histoire moderne et contemporaine, Vol. 52, No. 2 (April-Junr 2005), 88-112.

    Paul-André Rosental, « Pour une analyse mésoscopique des migrations », Annales de démographie historique , Vol. 104, No. 2 (2002), 145-160

    Claire Lemercier, « Analyse de réseaux et histoire de la famille : une rencontre encore à venir ? », Annales de démographie historique, Vol. 109, No. 1 (2005), 7-31

    Michel Bertrand, Sandro Guzzi-Heeb, and Claire Lemercier, ”Introduction: où en est l'analyse de réseaux en histoire?”, Revista hispana para el análisis de redes sociales, Vol. 21, No. 1 (December 2011),

    See, on exchange networks in Indian villages, Matthew O. Jackson, Tomas Rodriguez-Barraquer, and Xu Tan, "Social Capital and Social Quilts: Network Patterns of Favor Exchange," American Economic Review 102, no. 5 (August 2012): 1857-1897 and Abhijit Banerjee, Arun G. Chandrasekhar, Esther Duflo, and Matthew O. Jackson, "The Diffusion of Microfinance," National Bureau of Economic Research Working Paper w17743 (2012); and on the diffusion of information, Benjamin Golub and Matthew O. Jackson, "Naïve Learning in Social Networks and the Wisdom of Crowds," American Economic Journal: Microeconomics 2, no. 1 (2010): 112–149 and Benjamin Golub and Matthew O. Jackson, "How Homophily Affects the Speed of Learning and Best-Response Dynamics," Quarterly Journal of Economics 127, no. 3 (August 2012): 1287-1338.


  • L'HISTOIRE PAR EN BAS

    Une histoire vue «  d'en bas », écrivait Georges Lefebvre en 1932, aurait pour sujet « les besoins, les intérêts, les sentiments et surtout le contenu mental des classes populaires. » «Si, comme il me paraît probable, les historiens de l'avenir donnent une place de plus en plus grande à l'étude économique et sociale de la Révolution, s'ils se décident à regarder les événements d'en bas et non plus seulement d'en haut, ce qui est la condition même de l'histoire sociale, », écrivait  Lefebvre, alors l'histoire du début du XXe siècle, d'assemblées et de parties, serait finalement vue comme une transition vers un nouveau type d'histoire politique. Cette affirmation, classique, de Lefebvre s'insérait dans une étude de l'historien de la Révolution Française Albert Mathiez. Il s'agit en réalité de l'écho d'espoirs beaucoup plus anciens et révolutionnaires. Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, écrivait M.J.A.N. Condorcet dans sont Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, publiée à titre posthume en 1795, l'histoire politique, comme l'histoire de la philosophie et celle des sciences, n'avait été que celle de quelques hommes. L'histoire des idées et des opinions de la masse des familles – « la plus obscure, la plus négligée, et pour laquelle les monuments nous offrent si peu de matériaux » – était plus difficile à écrire. La négligence dont elle avait fait l'objet ne pouvait être attribuée aux seules déficiences des historiens. Cette histoire demandait des données ou observations quantitatives. Mais c'est là l'objet véritable de la philosophie.

    L'histoire vue d' en bas, depuis Condorcet et Lefebvre, a pour l'essentiel été une enquête quantitative, ou une enquête sur les classes et masses. C'était seulement de l'histoire par en haut, pour Lefebvre, ou l'histoire des faits politiques, dont les «dont le caractère dramatique et contingent touche l'imagination et les passions, ». Le projet Angoulême n'est qu'épisodiquement une enquête sur les événements dramatiques. Mais c'est une histoire vue d' en bas d'individus et de leurs réseaux sociaux, plus que de classes sociales. C'est une histoire des intérêts, et même des sentiments et de l'imagination.


    Georges Lefebvre, "L'œuvre historique d'Albert Mathiez," Annales historiques de la révolution française 51 (May-Jun. 1932): 193-210. M.J.A.N. Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, in Œuvres de Condorcet, ed. Arago et O'Connor (Paris, 1847-1849) 6: 232-234.


  • L'HISTOIRE DE LA FAMILLE

    Le projet Angoulême est une histoire des familles, amitiés, et connexions économiques. Il utilise les registres paroissiaux qui ont été si longtemps les sources de la démographie historique, et qui sont désormais utilisés, surtout, par les généalogistes et les historiens de la famille. Les personnes intéressées par l'histoire de leur propre famille sont de loin les lecteurs les plus assidus des archives locales et départementales, en France et ailleurs, et les sites internet d'histoire de la famille sont une source de plus en plus importante pour d'autres types d'historiens. Au cours des 27 mois durant lesquels le projet a consulté avec assiduité les archives en ligne sur le site internet des Archives Municipales d'Angoulême, un généreux historien de la famille, Hubert Marchadier, a mis en ligne les transcriptions des registres paroissiaux de Saint Jean et Saint Paul à Angoulême pour la période 1680-1791/1792, ainsi que des transcriptions partielles d'autres registres. De multiples différences existent entre les histoires de la famille des généalogistes et les histoires de la famille ou prosopographies des historiens.  Elles ne sont peut-être pas aussi nombreuses que les historiens l'imaginent, et ce même pour ce qui concerne la critique des sources et la pratique de la note de bas de page.

    Mais il y a tout de même un aspect par lequel les deux enquêtes sont très différentes. L'histoire de la famille des généalogistes est essentiellement verticale. Elle traite d'arbres, ou de racines ; de la descendance des ancêtres, vers l'individu vivant dans le présent, ou de l'ascendance de l'individu, vers les ancêtres. Les histoires de la famille du projet Angoulême sont horizontales. Elles traitent des relations familiales, amicales, ou de la proximité entre individus qui vivaient au même moment et au même endroit. Elles font une place à des individus tels que Rose Rezé, présente dans l'une des scènes d'Angoulême, qui apparaît dans les registres paroissiaux et dans d'autres sources, mais qui n'a jamais été plus qu'une marraine, dont personne n'est le descendant. Certaines des histoires de ce projet sont verticales, au sens où elles portent sur le changement au cours du temps. Mais c'est la verticale du temps historique, qui n'est pas celle de la généalogie. Elle traite de la manière dont les professions des individus au sein d'une famille élargie changent au cours du temps, par exemple, ou des visiteurs en provenance d'Afrique qui apparaissent dans les registres d'Angoulême, à partir de 1740, ou des individus qui vécurent les changements révolutionnaires des années 1780 et 1790, des comités municipaux à cette institution nouvelle qu'était le divorce.


  • TECHNOLOGIES DE L'HISTOIRE

    Le projet Angoulême a été rendu possible par la disponibilité, en ligne, d'images des registres paroissiaux de la ville. La procédure de lecture des registres n'est pas si différente de celle des années 1950 (ou 1890). Mais la lecture est possible n'importe quand et en quasiment n'importe quel endroit. Pierre Goubert, dans son évocation de « l'inquiétante solitude démographique du registre paroissial », énumérait les limites – les «  trop nombreuses erreurs » - des registres. Huit fois sur dix, à la fin du dix-huitième siècle, les récapitulatifs ne correspondaient pas aux enregistrements détaillés. Les décès d'adultes étaient constatés, mais pas ceux d'enfants ; les fiançailles, les bans, et les mariages étaient confondus. Les nouvelles images des registres ont introduit relativement peu d'erreurs supplémentaires. Mais il y a malgré tout des omissions. L'un des personnages récurrents de ces scènes, Gabriel Ferrand, le fil d'un menuisier itinérant, né à Angoulême en 1738, qui devint le premier archiviste du département de la Charente, n'apparaît nul part dans les registres en ligne (ou dans la transcription des registres paroissiaux opérée par Hubert Marchadier). La page sur laquelle la naissance de Gabriel Ferrand fut enregistrée, la page 36r du registre de Saint Paul pour 1732-1765, GG89, est omise entre les vues 32 (34v et 35r) et 33 (36v et 37r).

    La consistance et l'apparence des registres paroissiaux, en particulier s'agissant des « exemplaires originaux » conservés aux archives municipales, sont uniques. Il en est de même du papier, particulièrement à Angoulême, une ville de papetiers. Même sur les images, on peut voir quelque chose de la texture et certains filigranes du papier. Par exemple, une section des registres pour la paroisse de Saint Antonin pour 1731-1733 a été rédigée sur du papier timbré, marqué « Limoges seize denie » ; elle est entourée de parchemin, daté de 1680, enjoignant les mères, pères et maîtres de la ville d'empêcher leurs enfants et domestiques de jeter de la boue et des pierres sur les personnes de « la Religion pretandue Reformée », allant et venant à leur lieux de culte.

    Les registres paroissiaux d'Angoulême sont numérisés, au sens où les images des pages des registres (ou presque toutes) sont disponibles en ligne. Ces images ne sont pas numériques, au sens où elles peuvent donner lieu à une recherche « visuelle », ou mécanique, pour des noms ou caractères particuliers. Des index et tables existent pour certains registres ; ils étaient en général  compilés des années plus tard et ne sont pas complets pour tous les registres. D'autres registres comprennent des listes de noms. Certains registres paroissiaux ont été transcrits, soit complètement soit dans une forme abrégée. Hubert Marchadier a transcrit les registres de la paroisse de St Jean pour 1680-1791, Saint Paul pour 1680-1792, Saint-Antonin pour 1683-1737, Petit Saint-Cybard pour 1717-1738, et Saint Andre pour 1604-1613 et 1625-1635.

    Les archives notariales d'Angoulême, disponibles aux Archives départementales de la Charente, dans la série 2E pour la période antérieure à 1790, sont une source remarquable pour l'histoire des relations sociales à Angoulême, et sont complémentaires aux registres paroissiaux. Les dossiers sont classés chronologiquement, et l'on ne dispose pas d'index. Mais plusieurs des séries de minutes ont ét l'objet d'inventaires détaillés à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle. Ces inventaires ont été publiés et en leur sein peuvent être effectuées des recherches en ligne. Les archivistes du département écrivirent dans la préface au dernier inventaire, publié en 1906, qu'une «table alphabétique des noms de personnes, de lieux et de matières sera publiée, mais seulement  une fois terminé l'inventaire de toutes les études d'Angoulême». Les inventaires sont sélectifs, même pour les séries dont les inventaires furent terminés. Ils traduisent la curiosité des archivistes-inventoristes de l'époque ; dans les dossiers de la série 2E, les actes compris dans l'inventaire sont marqués d'une croix légère au crayon à papier.


    Declaration de Louis Bernard, 1 février 1680, entre les entrées pour le 14 Octobre 1731 et le 10 juillet 1735, registre paroissial de St Antonin, GG52, vues 164-165, 178-179.

    J. De la Martinière, "Avant-Propos," dans Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Charente, archives civiles -- série E (Art. 1736-3040), ed. P. De Fleury and J. De La Martinière (Angoulême, 1906), i.

    Pierre Goubert, "Une richesse historique en cours d'exploitation: Les registres paroissiaux," Annales. Histoire, Sciences Sociales 9, no. 1 (Jan. - Mar., 1954): 83-93.


  • INCOMPLÉTUDE ASSUREE

    Le projet Angoulême impose une reconnaissance durable de l'incomplétude, et même d'une incomplétude assurée. Les scènes n'admettent pas de fin évidente. Le nom est un fil d'Ariane dans les archives, dans bien des épisodes. Mais lire et relire une page d'un registre paroissial, c'est voir des noms différents à différents moments. Même la partie la plus systématique du projet – la liste de tous les individus mentionnés dans les registres des paroisses centrales d'Angoulême en 1764 – n'est pas achevée. Certains noms sont illisibles, tandis que d'autres sont orthographiés de manière extrêmement diverse aux différents endroits où ils apparaissent. Les clercs de paroisse font des erreurs ; les chercheurs du projet Angoulême font des erreurs ; certaines pages sont souillées d'encre, d'autres ont été omises lorsque les registres furent numérisés. Il est toujours possible, dans les micro-histoires, de trouver plus d'information à propos des individus et des familles. On ne peut s'empêcher, pour certaines des histoires, de regarder les générations antérieures et postérieures ; l'origine des individus et le destin de leurs enfants. L'identification même des individus nécessite de sinueux cheminements. Il y avait par exemple quatre personnes appelées Rose Rezé à Angoulême en 1764, nées en 1703, 1715, 1730 et 1735 (et dont l'une fut en 1769 la plaignante lors d'un procès criminel dont l'objet  était un après-midi au cours duquel, alors qu'elle se promenait avec sa belle-sœur, le fils d'un voisin l'insulta, la traitant de « garce », « putain », « chienne », et essaya de lui casser le pouce). Le projet, image finie d'une toile potentiellement infinie de relations sociales, continue donc d'évoluer avec le temps.


    Sur les ajouts et corrections au projet Angoulême, voir sous l'en-tête « 1764 ». Sur le nom comme fil d'Ariane dans les archives, voir Carlo Ginzburg et Carlo Poni, "Il nome e il come: scambio ineguale e mercato storiografico," Quaderni Storici 40 (Jan.-Apr. 1979): 181-190. Sur l'incomplétude assurée, voir Amartya Sen, Rationality and Freedom (Cambridge, MA, 2004), 182.


  • REMERCIEMENTS

    Le projet Angoulême souhaiterait remercier chaleureusement M. Florent Gaillard, Mme Catherine Portelli et l'équipe des Archives municipales d'Angoulême, à la fois pour leur aide irremplaçable à l'occasion des nombreuses visites effectuées aux archives, et pour le remarquable site internet des Archives municipales, qui a constitué la base du projet Angoulême. Nous sommes également très reconnaissants envers l'équipe des Archives départementales de la Charente et l'équipe des Archives nationales à Paris. Le projet a par ailleurs requis des prodiges de transcription, pour lesquels nous voudrions remercier Jessica Crown, Madeleine Schwartz et Eva Bitran. Pour la traduction du site, ainsi que pour ses commentaires, nous remercions Nicolas Todd. 

    Emma Rothschild et Ian Kumekawa